Attendu depuis plusieurs années par les services d’enquête, le plan investigation a été présenté le 27 février par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Il vise à répondre aux difficultés structurelles d’une filière judiciaire confrontée à une accumulation massive de procédures et à un déficit chronique d’attractivité.

Le syndicat UN1TÉ, aujourd’hui premier sur le réseau police nationale, alertait depuis longtemps sur la situation des enquêteurs. Près de 3 millions de procédures en attente, un manque estimé à 2 500 enquêteurs et une reconnaissance financière jugée insuffisante avaient conduit l’organisation à multiplier les actions. En octobre dernier, UN1TÉ avait même organisé une initiative nationale inédite : distribuer des flyers aux citoyens dans les rues, les gares, ou encore près de centres d’affaires et commerciaux, pour sensibiliser à l’ampleur des stocks et réclamer un plan d’urgence pour l’investigation.
Entre autres revendications figuraient la création d’une prime dédiée à l’investigation incluant les agents de police judicaire, une meilleure prise en compte des contraintes horaires après la fin brutale de l’expérimentation de la semaine en quatre jours obtenue par le syndicat dans certains services, et une prime supplémentaire pour les BRI.
Le plan annoncé par le ministère prévoit désormais une prime investigation destinée aux 32 000 policiers de la filière, progressive jusqu’à 150 euros mensuels et cumulable avec la prime OPJ, la création d’une prime de haute technicité de 125 euros mensuels à compter de décembre 2026 pour certaines spécialités. Il prévoit également l’affectation de 700 policiers du CEA supplémentaires en police judiciaire, et un renforcement de la formation avec la création annoncée d’une école des enquêtes.
Les principales mesures du plan investigation
- Prime de haute technicité : 125 € par mois à compter de décembre 2026 pour certaines spécialités
- Prime investigation : 75 € de juin à novembre 2026, puis 150 € à partir de décembre 2026
- Prime cumulable avec la prime OPJ maintenue à 125 €
- 700 CEA supplémentaires affectés en police judiciaire
- Création d’une école dédiée aux enquêtes et spécialisation dès la formation initiale
- Recensement spécialisé des effectifs
Pour UN1TÉ, ces annonces constituent un début encourageant mais devront s’inscrire dans la durée pour produire des effets tangibles. Interrogé, le secrétaire général, Grégory Joron estime qu’« une étape est franchie », tout en rappelant que « la résorption des 3 millions de procédures en attente nécessitera un effort plus ambitieux sur les effectifs et l’organisation du travail ». Selon lui, l’attractivité de la filière judiciaire dépendra autant de la reconnaissance indemnitaire que des cycles horaires et des conditions d’exercice. Il ajoute qu’en revanche, côté BRI « le compte n’y est pas » puisque la prime qui reconnaitrait le statut national particulier de ses policiers n'a pas été retenu. Il assure qu’il continuera de « maintenir la pression » sur le sujet.
Au-delà des montants annoncés, la mise en œuvre concrète du plan et sa capacité à alléger la charge des enquêteurs seront scrutées par le terrain. Un terrain et des policiers qui espèrent que ce plan n’est que le premier d’une série, pour une filière en souffrance.
Linda Kebbab