Ce mardi 30 juin, les deux plus grosses organisations syndicales de la police nationale, UN1TÉ et Alliance ont choisi de se rejoindre pour faire entendre la voix des corps les plus modestes de cette grande institution. (NDLR : Synergie, syndicat d’officiers était également présent.) À l’origine de cette « entente », comme nous l’indiquions dans notre précédant article, le passage en force au CSA ministériel du 16 juin d’une réforme en faveur des commissaires, leur permettant non seulement d’accélérer leurs carrières via prises d’échelons plus courtes, d’atteindre des augmentations pouvant atteindre jusqu’à 1350€ par mois, ou encore obtenir des centaines d’euros de reclassements.

crédit photo UN1TÉ POLICE
Des milliers de flics dans la rue
Ainsi, plusieurs milliers de policiers ont défilé de Bercy jusque sous les fenêtres de la direction des ressources humaines, des finances et des soutiens (DRHFS).

Le secrétaire général de l’UNSA Police avait, communiqué que son syndicat ne participerait pas à ce rassemblement, tout en appelant, difficilement et sans parvenir à se faire entendre à une « intersyndicale élargie ».
Des revendications claires
Durant ce défilé, du côté de chez UN1TÉ, de nombreuses pancartes revendiquaient la possibilité du cumul emploi-retraite, une indemnité de sujétion spéciale police (ISSP) à 35% pour le corps d’encadrement et d’application (CEA), un déplafonnement du 1/5ème, une augmentation des grilles indiciaires du CEA, la fin des 10% en CMO, la protection fonctionnelle, la prime vie chère pour les policiers adjoints ultra-marins, l’augmentation de l’indemnité d’exercice pour tous les policiers adjoints (PA), un véritable statut pour les policiers techniques et scientifiques (PTS), l’augmentation RIFSEEP (IFSE+CIA).

De nombreuses personnalités
S’étaient joints au cortège UN1TÉ, une Marie-Antoinette et un Louis XVI, magnifiquement vêtus et joués, qui jetaient au petit peuple policier du grain, une brioche à la ceinture du roi. Les monarques arboraient sur leurs épaules des feuilles de chêne, rappelant celles des commissaires de police.

Devant la DRHFS, le cortège s’est stoppé devant une tribune aux couleurs d’Alliance et UN1TÉ.MI FO, où Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance et Grégory Joron, secrétaire général d’UN1TÉ se sont exprimés devant leurs militants.
Grégory Joron a commencé par remercier Frédéric Souillot, secrétaire général de Force Ouvrière (FO), pour sa présence durant toute la manifestation, en soutien aux policiers. (NDLR : Toute une délégation de la confédération FO était présente, Christine Marot secrétaire générale de FO Préfecture, Patricia Drevon secrétaire confédérale FO, Assan Meziane Secrétaire général FO Centrale, Noel Rubio secrétaire général FO SIC et bien d’autres, aux côtés des policiers)
Un discours fort, sans équivoque
Puis, prenant un ton plus solennel, il a rappelé que toute sa fédération a voté CONTRE cette réforme au CSA. Que depuis 2 ans, on dit aux policiers qu’il n’y a pas d’argent, que le budget est contraint, qu’il faut faire des efforts. Mais visiblement pas pour tout le monde…

Concernant le reclassement du CEA et les inversions de carrière, UN1TÉ a saisi par deux fois le conseil d’Etat qui a confirmé que rien n’oblige l’administration à augmenter un agent lors d’un changement de grade. Pour Grégory Joron, ce n’est pas acceptable qu’un major ou un chef reste bloqué 3 à 5 ans dans un indice forcé. Que l’administration impose cela à la base, mais pas aux autres.
Le problème de la police, c’est l’injustice
Alors que Fabien Vanhemelryck a réitéré son slogan « le problème de la police, c’est la justice », Grégory Joron en s’adressant à son homologue lui a rétorqué sur le ton de l’humour : « je pensais que tu allais dire que le problème de la police, c’était peut-être les commissaires ». Puis en ajoutant plus sérieusement : « moi, je constate que le problème de la police, c’est l’injustice », acclamé par un parterre de policiers survoltés.

Il a alors cité toutes les injustices selon son syndicat, pour les personnels de catégorie C, pour ceux dont l’échelon se situe sous le SMIC, pour ceux exerçant sur la voie publique mais non éligibles à la prime voie publique, pour ceux qui traitent du judiciaire sans reconnaissance, pour les PTS à qui on promet mais à qui on ne donne rien, pour les BRI noyées dans des dispositifs qui ne reconnaissent pas leur engagement, mais a également rappelé toutes les injustices revendiquées sur les pancartes.
Durant son discours, il a eu des mots forts.
Il n’estime pas que son syndicat est dans une lutte des classes, mais considère que ce que vivent les PATS, les PTS, les PA et les CEA s’apparente plus à du mépris de classe.
L’administration n’informe plus, elle met devant le fait accompli.
Pour lui, cette réforme creuse un fossé entre la base et sa haute hiérarchie. Un fossé qui devient dangereux.
Un système à deux vitesses.
D’un côté, certains doivent faire des efforts, de l’autre, certains bénéficient de belles augmentations salariales.
D’un côté, on promeut des commissaires condamnés pénalement, de l’autre, on bloque des policiers à l’avancement, comme celui dans l’affaire Théo, reconnu innocent par la justice, pour « sauvegarder l’image de l’institution ».
Deux poids deux mesures, alors que c’est bien la base qui est sur le terrain, celle qui prend les risques, qui est exposée aux refus d’obtempérer, aux violences, aux blessures.
Tout cela, Grégory Joron le dit, sans langue de bois avant de conclure en expliquant que rien ne fonctionne sans les actifs, administratifs, techniques, scientifiques, ouvriers d’état ou contractuels.
« C’est ensemble que nous gagnerons, ensemble que nous imposerons nos revendications, ensemble que nous mettrons fin à cette injustice. On ne nous donnera rien ! Il faudra l’arracher… ensemble ! ».
Carlo C.