Avril 2012, Noisy-le-Sec. Un équipage de Police-Secours est commandé par sa station directrice suite à un appel indiquant la présence d’un homme, recherché pour braquage, devant un bar. Les policiers arrivent sur place, un homme prend la fuite, révolver à la main, en jetant une grenade (qui s’avèrera être factice). Tout va alors très vite. Un des policiers, Damien S., tente de rattraper le fuyard. Il dira avoir été menacé par l’arme de l’individu. Il fait usage de son SIG à quatre reprises. Une des balles atteint l’homme dans le dos.
Amine Bentounsi décèdera quelques heures plus tard.

La descente aux enfers
Les premiers éléments de l’enquête se voulaient rassurants pour Damien, la légitime défense semblant être privilégiée. Mais rapidement, il est convoqué au siège de l’IGPN où, il décrit des conditions de garde à vue et d’audition difficiles. « Ils me criaient dessus ».
Damien sera mis en examen pour homicide volontaire, avant que les faits ne soient requalifiés en violences par une personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner et renvoyé devant les assises.
En janvier 2016, Damien est acquitté à l’unanimité par la cour d’assises de Bobigny. Dans la salle, les parties civiles et des collectifs « contre les violences policières » font entendre leur colère, scandant « la police tue et la justice acquitte ». Parmi eux, Amal Bentounsi, sœur d’Amine et fondatrice du collectif « Urgence notre police assassine », à qui les médias accordent toute l’attention.
Le procureur fait appel de la décision.
Mars 2017, Cour d’Appel de Paris. Durant le procès où, comme en première instance, les délégués UN1TÉ sont présent tout le long auprès du policier qu’ils défendent, Damien est condamné. Il écope de 5 ans de prison avec sursis et 5 ans d'interdiction de port d'arme.
Des traces indélébiles
Nous avons rencontré Damien, pour prendre de ses nouvelles et qu’il nous donne son ressenti sur son affaire.
Aujourd’hui, s’il va mieux, il ne cache pas avoir traversé une véritable tempête psychologique durant des années.
Il est passé par des phases de stress intense, avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il a tellement eu peur d’aller en prison et laisser sa femme avec leurs deux enfants en bas âge, seuls, sans ressource.
« C’était des montagnes russes psychologiques, avec des décisions de justice disant tout et son contraire ». Un acquittement en première instance, une condamnation en appel, alors que le dossier était le même, aucun acte supplémentaire n’ayant été ajouté… Pour lui, les magistrats recherchaient « la paix sociale ».
La pression de la rue ?
Durant les cinq jours de procès en appel, il avait bien senti que le verdict risquait fort d’être différent de la première instance. Un homme était mort, il fallait que quelqu’un paye. La cour le lui avait bien fait comprendre.
Pourtant, l’homme en question n’était pas un enfant de cœur… A 13 ans, le plus jeune incarcéré de France a cumulé onze condamnations dont trois devant les assises. Au moment du drame, il était en cavale depuis près de 2 ans de la prison de Châteaudun. Ce jour-là, il était armé d’une grenade (réaliste mais qui s’avérera factice), et d’une arme de poing chargée. En voyant les effectifs de police, il a jeté sa grenade dans leur direction et pris la fuite. Damien a toujours maintenu avoir été braqué par Amine Bentounsi au moment où il a fait usage de son arme.
Mais voilà, la politique, les médias et certaines associations s’étaient emparés du dossier.
Élément important, quelques jours avant ce deuxième procès, une autre affaire faisait couler énormément d’encre : l’affaire Théo Luhaka à Aulnay-sous-Bois. De nombreuses manifestations en soutien à cet homme s’étaient déroulées à Paris et dans plusieurs villes du territoire national. Ces manifestations avaient généré de nombreuses violences urbaines. C’est dans ce contexte de sidération des institutions que Damien est jugé cette année-là.
Pour lui, son procès « c’était clairement le procès de la police ». Des représentant d’associations « disant lutter contre les violences et le racisme au sein de la police » se sont présentés à la barre. Il a eu la mauvaise impression d’être un bouc émissaire. Il s’est senti malmené, humilié.
Dans ce climat, le verdict semblait donc inéluctable.
A bout de forces
Il aurait pu aller en cassation mais très affecté physiquement et moralement, il estimait ne plus avoir la force de se battre, et a préféré accepter la sentence. Trop de stress à chaque fois qu’il recevait un recommandé de la part des instances judiciaires. Pour lui, il vivait une histoire sans fin. « Je ne voyais pas le bout du tunnel. »
Aujourd’hui plus que jamais, il est conscient, que face au danger, un policier n’a qu’un temps infime pour prendre une décision. Cette décision pourra être décortiquée durant des mois, voire des années par des personnes peu au fait du métier de policier, et qui décideront de la légitimité de l’usage de l’arme, ou pas. Du début de l’enquête à la décision finale, le policier en sera impacté, psychologiquement, physiquement, professionnellement et même au sein de sa sphère privée, quel que soit le résultat.
Une aide précieuse
Damien est conscient et le dit haut et fort. S’il n’a pas sombré, il le doit à ses proches, mais également à son syndicat UN1TÉ, qui a toujours été présent à ses côtés. Au-delà d’un soutien affectif, et psychologique, UN1TÉ a entrepris des démarches pour qu’il conserve son salaire, a obtenu une affectation de son choix hors de la région Parisienne, et œuvré pour la mise en place de la protection fonctionnelle prenant en charge tous les frais inhérents à son affaire. Il n’oublie pas non plus l’administration police nationale, qu’il remercie de ne jamais l’avoir lâché.
Carlo C.