Secours en montagne : le choix contesté du préfet des Hautes-Pyrénées

En remettant en cause un dispositif éprouvé de secours héliporté à Gavarnie, le préfet suscite l’incompréhension chez les professionnels de terrain. Moins de réactivité, plus de risques, et aucune concertation : les critiques fusent.

Depuis près de 70 ans, les CRS haute montagne assurent, en collaboration avec les gendarmes du PGHM, le secours en montagne en France. Chaque été, l’hélicoptère de la Sécurité civile basé à Pau est déployé à Gavarnie, au plus près des interventions estivales. Cette implantation stratégique, en alternance avec l’hélico de la Gendarmerie depuis Tarbes, permet une couverture optimale du massif.


75 % des interventions estivales ont lieu dans un rayon de moins de 10 minutes de vol depuis Gavarnie. Un délai qui double depuis Tarbes. Le gain de temps sauve des vies. Et ce dispositif, jugé « parfaitement huilé » par les professionnels, a fait ses preuves.

Une décision unilatérale, sans concertation


C’est avec stupéfaction que les équipes de secours en montagne CRS ont appris la remise en cause de ce dispositif par le préfet des Hautes-Pyrénées. Sans concertation, il a ordonné que la permanence soit désormais assurée depuis Tarbes, éloignant l’hélicoptère des zones d’intervention. Pire : il a également modifié le plan ORSEC départemental sans consulter les spécialistes du terrain : une première.


Cette décision fragilise un équilibre opérationnel essentiel. En montagne, chaque minute compte. Doubler les délais d’intervention, c’est augmenter le risque vital pour les victimes et exposer davantage les équipes.

Moins de sécurité, plus de coûts


Les arguments ne manquent pas pour dénoncer cette réorientation. Intervenir depuis Tarbes implique des vols plus longs, donc plus coûteux, diminuant la capacité de répondre à plusieurs interventions en simultané, ce qui est fréquent en haute saison. Cela accroît également l’exposition des secouristes, qui passent plus de temps en vol. Enfin, les conditions météo estivales rendent régulièrement les décollages depuis Tarbes impossibles ou dans le meilleur des cas, retardés.


La base de Pau dispose d’hélicoptères de dernière génération, plus puissants, plus sûrs, et déjà sur zone. Pourquoi renoncer à cette efficacité ?

Une profession en colère mais déterminée


Les agents CRS du secours en montagne acceptent les risques inhérents à leur mission. Mais ils ne peuvent admettre qu’on leur en impose davantage par simple décision administrative, sans motif opérationnel sérieux.


À travers cette décision, c’est la sécurité des agents, l’efficacité du service public et la vie des victimes qui sont mises en jeu. Les acteurs du secours en appellent à un retour à la raison. Et espèrent que l’intérêt du terrain primera sur les logiques bureaucratiques.
UN1TÉ a saisi le ministre de l’Intérieur lui demandant d’intervenir dans ce dossier afin de maintenir le dispositif à l’initial.

Emmanuel Freyche
Référent CRS Haute Montagne UN1TÉ

4 Commentaires

  • Philippe Perrot
    Je suis de tout coeur avec les professionnels du secours en montagne , eux seul savent faire ! Pour une fois qu’un dispositif fonctionne, on le remet en cause !!!
  • BERNARD SAN JOSE
    .. déplorable attitude de la part du Préfet.. encore un qui sait tout mieux que les hommes de terrain '' c'est fatiguant de voir le pays géré par ces mêmes poètes.. toute ma solidarité aux secours en montagne qui il y encore quelques mois ont perdus l'un des leurs sur une intervention.. lors de l'hommage a la CRS.. le ministre assurait de son total soutien.. voilà le résultat...
  • Jean Tonon
    Encore une fois, la médiocratie frappe! C’est plus fort qu’eux, dès que çà fonctionne bien, il faut qu’ils interviennent et démantèlent.. systématiquement !
    Respect et courage envers les sauveteurs, hommes qualifiés , compétents et courageux
    Eux savent mais ne sont pas entendus

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