Polynésie française : Derrière le lagon, les policiers en première ligne face à une réalité méconnue

Si l’archipel fait rêver avec ses paysages de carte postale, la réalité sécuritaire que vivent les forces de l’ordre sur place est loin d’être idyllique. Entre délinquance, trafics, jeunesse en perdition et inégalités de traitement, le quotidien des policiers en Polynésie française mérite d’être raconté. Une plongée dans les coulisses d’un territoire où le syndicat UN1TÉ entend porter la voix de ces policiers oubliés par leur administration.

Si l’archipel fait rêver avec ses paysages de carte postale, la réalité sécuritaire que vivent les forces de l’ordre sur place est loin d’être idyllique. Entre délinquance, trafics, jeunesse en perdition et inégalités de traitement, le quotidien des policiers en Polynésie française mérite d’être raconté. Une plongée dans les coulisses d’un territoire où le syndicat UN1TÉ entend porter la voix de ces policiers oubliés par leur administration.


D’une superficie aussi vaste que l’Europe, la Polynésie française impressionne par sa beauté. Lagons turquoise, vert luxuriant, et ciel bleu à perte de vue. Un accueil empreint de chaleur et de simplicité : ici, le « Ia ora na » résonne partout et se donne quelle que soit la fonction ou le grade. Le tutoiement est naturel, même dans les plus hautes sphères politiques, y compris lors d’une audience officielle avec le Président du territoire.
Pourtant, sous cette apparente carte postale, la société polynésienne porte encore les stigmates de son histoire complexe avec l’État français. Les essais nucléaires, s’ils semblent lointains pour les mémoires hexagonales, restent une blessure vive pour la population locale, rappelant l’existence de statuts d’exception comme le CEAPF1 mis en place en guise de compensation, ou les grandes manifestations de 1995

Jeunesse en dérive et fléaux modernes


La société polynésienne, où se mêlent culture et foi religieuse, donne l’image d’une vie paisible, d’un peuple solidaire. Mais derrière le sourire, la jeunesse inquiète et s’égare parfois. Les soirées sont souvent rythmées par l’alcool, le cannabis local, très concentré en THC, et d’autres substances plus dures comme l’ICE. Les « car-bass » (ces rassemblements nocturnes de véhicules où musique, alcool et drogue se côtoient) sont devenus un véritable fléau. Dernière mode en date : les « boat-bass », mêmes dérives… mais sur l’eau.
Les élus locaux, les maires, les responsables religieux s’inquiètent et alertent. Les familles sont démunies, les services publics peinent à suivre. Une policière de la brigade des stups et un maître-chien en recherche stupéfiants nous le confirment : l’ICE est partout.
Pourtant, du côté des autorités nationales, silence radio. Une distance qui interroge et laisse un goût amer aux professionnels de terrain.
Je porterai, en haut lieu, cette réalité de terrain qui me semble peu relayée par la chaîne administrative. Et puisque notre passage précède celui du Ministre des Outre-mer, nul doute que le sujet viendra dans les discussions.

Des policiers enracinés mais isolés


À la Direction Territoriale de la Police Nationale (DTPN 987), les collègues sont un reflet de la population : Marquises, Australes, Hawaï, Chine… peu importe l’origine, tous sont liés par leur ancrage polynésien. Tous partagent cette même réalité d’un quotidien de plus en plus tendu. Les missions sont nombreuses, les moyens trop insuffisants. Le manque de brigade nautique sur une île aussi tournée vers la mer que Tahiti en est l’illustration criante alors que les besoins sont nombreux que ce soit en termes de contrôle des stupéfiants, de mouillages sauvages ou de comportements à risque.
Le découpage des compétences Police/Gendarmerie est un sujet de préoccupation qui continue de faire débat. Sur les six communes de l’agglomération urbaine (près de 130 000 habitants), seules Papeete et Pirae relèvent de la Police nationale. Les autres attendent des réponses face à une délinquance en mutation. Là où la Police nationale est présente, comme à Pirae depuis 2010, les résultats sont palpables : une baisse constante de 2% de la délinquance chaque année. Les autres maires le constatent et s’impatientent.
Le modèle gendarmique quant à lui est critiqué par les élus : délais d’intervention trop longs, faible présence sur le terrain, barrière culturelle que l’uniforme ne suffit pas toujours à dépasser.

Des moyens humains sous pression


Les policiers adjoints (PA) assurent toutes les missions, comme souvent en Outre-mer. Mais les chiffres interrogent. Quand au niveau national, les policiers adjoints représentent 5 % des effectifs, en Polynésie ils frôlent les 40 %, voire 50 % si l’on ne considère que les agents en CEA2 . Un déséquilibre criant. Et pourtant, leur traitement n’est pas indexé, contrairement à d’autres fonctions comme les gendarmes adjoints volontaires. Une situation indécente, qui alimente un fort sentiment d’injustice.
Comme en Nouvelle-Calédonie, la question du retour hante également les esprits. Le système des mutations, le statut CEAPF, les mouvements profilés ou polyvalents… autant de sujets qui méritent une réflexion approfondie pour garantir un équilibre entre besoin du service et aspirations des agents. Sur cela aussi, UN1TÉ s’engage à être de proposition.

L’urgence d’une politique de présence


À plusieurs milliers de kilomètres, tout prend plus de temps. Le décalage n’est pas qu’horaire…
Or, la Polynésie française n’est pas un territoire comme les autres. Le rôle du DTPN y est fondamental. Plus qu’ailleurs, les qualités humaines, la capacité d’adaptation, la connaissance du terrain doivent primer. Être présent, à l’écoute, savoir-faire beaucoup avec peu, avoir l’envie de comprendre le territoire… c’est l’exigence première. J’assume d’écrire que le premier poste qu’on devrait profiler est celui du DTPN.
Le passé récent a laissé des traces : un précédent DTPN a abandonné derrière lui un malaise encore palpable. Ce qui aurait dû servir de leçon et nous rappeler les enjeux semble oublié des hautes sphères.

Une voix syndicale engagée pour le terrain


À l’heure où l’administration parle mobilité, compétences, recrutements… Je tiens à rappeler une vérité simple : sans reconnaissance des réalités locales, sans moyens adaptés, il sera difficile de répondre aux enjeux sécuritaires de la Polynésie.

En tant que Secrétaire Général d’UN1TÉ, je revendique un dialogue sincère, des décisions concrètes : indexation des PA, création d’une brigade nautique, révision du découpage des compétences PN/GN, mobilité, renforcement des effectifs là où c’est nécessaire.
Notre délégation repart enrichie des échanges, plus consciente encore de la mission qui est celle d’UN1TÉ : défendre ceux qui, sous le soleil du Pacifique, n’ont souvent que leur dévouement pour unique pirogue.
Mauruuru roa et Ia ora na ! (Merci beaucoup et salut !)

Grégory Joron
Secrétaire Général UN1TÉ

1 Commentaire

  • Iriatai
    Iaorana Greg et le bureau national , merci pour ce partage , l'analyse est juste et precis.
    Mauururu roa.❤😘🥰🇵🇫
    UN1TE 987

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