Police Nationale : Des chiffres et des maux

En Police Nationale, la gestion de la pénurie est devenue la norme pour toutes les circonscriptions de sécurité publique. Les commissariats se vident plus vite qu’ils ne sont renforcés, les jours et nuits se succèdent avec des communes sans un seul véhicule Police secours pour les missions de sécurité essentielles. Ce sont alors les effectifs des commissariats alentours qui interviennent pour pallier ces carences...

Évidemment, ces renforts se font au détriment de tous. D’abord des concitoyens qui ne bénéficient plus d’une prestation de sécurité suffisante. Ensuite, des policiers démunis qui ne peuvent répondre aux sollicitations des usagers, et sont forcés de constater, frustrés, leur incapacité à remplir leurs missions. Enfin, des effectifs des autres communes qui interviennent, avec un surcroît de travail alors qu’ils exercent déjà à flux tendu, et au bord de la rupture.

Des difficultés qui ne sont pas le fruit du hasard.

Ces carences invivables pour les policiers franciliens affectés à la Direction de la Sécurité de Proximité de l’Agglomération Parisienne (DSPAP) et en Sécurité Publique (pour la province et l’Outre-Mer) ont été quantifiées.

Le rapport de la Cour des Comptes paru en novembre 2021*, nous instruit des causes qui ont conduit à cette situation.

La répartition des effectifs de la Police Nationale sur la période de 2010 à 2020 a connu une hausse de 3% d’effectifs au commandement/R.H./Logistique, et dans le même temps une baisse de 10% d’effectifs affectés à la sécurité et paix publique.

Ces chiffres démontrent que les maux étaient prévisibles. Les difficultés majeures que vivent les policiers dans les commissariats résultent d’orientations et décisions des autorités politiques et administratives : + de contrôleurs des travaux finis pour remplir des tableaux statistiques et - de policiers sur le terrain pour les missions de protection de la population.

Pas de changement de cap à l’horizon : bien au contraire !

Dès lors, on pourrait s’attendre à ce que les autorités suivantes réagissent afin d’inverser la tendance et rendre notre profession à nouveau attractive. Mais il n’en est rien.

Et bien que les effectifs affectés à la sécurité publique ne suffisent plus à combler les nombreux départs, les contraintes1 imposées aux policiers s’accroissent tandis que leurs droits s’amenuisent2

Rien de bien attractif !

1    Les défaillances techniques du logiciel de rédaction des procédures LRPPN, les limitations d’usage de la vidéoprotection des personnes en garde à vue, les gardes hôpital et les gardes statiques en hausse, l’obligation du port du numéro RIO (Référentiel des Identités et de l’Organisation) réfléchissant sur des éléments basse visibilité, …

2     Le report de titularisation pour les policiers stagiaires blessés en service, les restrictions de la protection fonctionnelle, la mise en place d’un jour de carence en cas de CMO, le non-paiement de la prime voie publique pour certaines Brigades Judiciaires de nuit qui travaillent pourtant en tenues d’uniformes et véhicules sérigraphiés sur ladite voie publique, la perspective du passage à trois jours de carences en cas d’arrêt maladie, …

Benjamin Cortesi

Délégué permanent nuit 94 UN1TÉ

* à partir des données RAP du programme 176-Police nationale-ETPT réalisés

1 Commentaire

  • Ducroux
    Notre pays est en déliquescence. Nos hommes politiques ne sont pas à la hauteur de leurs taches. Nous avions les sans culottes. Nous avons les peureux et les laches. Changeons les rapidement !

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