Parmi les athlètes français qui ont fait vibrer leurs compatriotes cet été durant les Jeux Olympiques de Paris, il en est une qui a capté notre attention. Arrivée en demi-finale du 800m en athlétisme, elle a impressionné des millions de spectateurs et au premier rang, ses collègues. Nous avons eu l’occasion de rencontrer cette jeune femme, une policière et sportive de haut niveau, aussi chaleureuse qu’impressionnante.

Née en 1996 à Vendôme dans le Loir et Cher, Anaïs est très tôt influencée par sa mère, athlète militaire, qu’elle suit au grès des mutations jusqu’à s’installer dans le bassin d’Arcachon. À ses côtés, elle développe le goût de l’effort et une aptitude pour le sport dès son enfance, à commencer par la gymnastique. Une discipline qu’elle sera contrainte d’abandonner tant l’intensité de sa pratique abîmera son corps jusqu’à impacter sa croissance. Mais déterminée dans son parcours sportif, elle se lancera éperdument dans le triathlon et, adolescente, sera durant 4 ans, formée par un policier, entraîneur à ses heures.
Le début de la rencontre des passions d’Anaïs… Confirmées par un stage de collège en commissariat de Police. Une découverte professionnelle qu’elle nous raconte, pendant que nous décelons des étoiles dans ses yeux lorsqu’elle évoque ses souvenirs…
Durant le lycée où elle intègre une filière sport-études à Talence, elle bénéficiera du coaching de la championne et recordwomen, Patricia Djaté-Taillard qui décèlera en elle une compétence extraordinaire pour la course de fond, comme le 800m. Poursuivant dans cette voie, déterminée, elle brillera rapidement sur la scène nationale.
Après le bac, elle déménage à Paris pour poursuivre son rêve de devenir policière tout en s’entraînant intensément. Elle intègre ainsi la police en 2017, et très rapidement elle est attirée par l'ambiance de son commissariat du 18ème arrondissement. « Je ne pouvais pas rêver mieux ». Elle évolue alors avec des collègues aussi motivés qu’elle : « Il était proscrit que nous subissions l’échec dans la mission alors, on ne lâchait jamais. Je me suis mise en danger, me retrouvant parfois seule derrière un auteur à la courette, j’ai pris des coups aussi. Mais mon sens du devoir et mes facultés sportives ne me permettaient pas de renoncer. »
Alliant son métier et l’entraînement, elle relève des défis physiques qui lui permettront de devenir meilleure, quitte à pousser son corps dans ses retranchements et les limites de la douleur, sans se plaindre : « Je cumulais, sur une même journée, travail de policière sur la voie publique, entraînement intensif à l’autre bout de la capitale, le tout avec des durées de transports conséquentes pour rallier l’un et l’autre… »
C’est ainsi que se présentent les succès en compétition, en devenant vice-championne de France et en se qualifiant pour l’équipe nationale, tout en continuant à s’engager aux côtés de ses collègues avec lesquels elle lutte contre la criminalité qui mine l’arrondissement parisien où elle exerce.
Un an avant les Jeux Olympiques de Paris, elle prend la décision difficile d’une disponibilité* pour se concentrer à temps plein sur le sport et maximiser ses chances de participer à la compétition. Nourrie de sa propre réflexion sur les défis qui guettent les sportifs dans des métiers exigeants comme la police, elle aspire d’ailleurs à faire évoluer les mentalités, en prônant une plus grande flexibilité pour les sportifs de haut niveau au sein de la profession.
Avec une carrière prometteuse devant elle, Anaïs reste lucide sur les défis à relever, mais sa passion pour la course et son sens du devoir, la poussent à poursuivre ses rêves, peu importe les obstacles.
L.A. 2028 lui ouvre les bras, et nous serons fiers de la soutenir…
Linda Kebbab
*cessation temporaire de travail sans rémunération tout en restant fonctionnaire. Comparable à une période sabbatique.